17 décembre 2006

HISTOIRE ET SYMBOLISME DES COULEURS

HISTOIRE ET SYMBOLISME DES COULEURS

J. Peyresblanques
Collège des ophtalmologistes des Hôpitaux de France


Publié dans "Les rayonnements optiques et les couleurs : faits et effets"
Edition INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) mars 1998


Introduction

Comme de longs échos qui de loin se confondent,
En une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent

Ces vers de Baudelaire sur la nature (La nature est un temple où de vivants piliers ... ), ouvriront pour nous le thème imparti : histoire et symbolique des couleurs. Or il n’y a pas une histoire mais des histoires de la couleur, car le symbole est par définition un signe de reconnaissance qui varie suivant les races, les pays, les civilisations, les religions... Mon propos sera donc une promenade rapide dans une approche symbolique de la couleur en espérant qu’elle puisse vous être utile en complément des notions scientifiques que vous avez abordées.

Comme des sentiers de montagne qui visent au sommet nous aborderons successivement chaque couleur.

Classiquement le Noir est l’absence de toute lumière et de toute couleur, le Blanc la totalité de la lumière et des couleurs visualisées dans l’arc-en-ciel. Il existe trois couleurs primitives pigmentaires : le bleu, le rouge et le jaune et trois couleurs dérivées : le vert (bleu + jaune), le violet (bleu + rouge), l’orange (rouge + jaune).

Nous parlerons de chacune de ces couleurs avant de présenter globalement leur symbolique sous forme de tableaux.

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Le cycle nycthéméral : jour - nuit, lié au soleil, rythme notre vie et joue dans la symbolique des couleurs soleil levant et lumière de plus en plus vive avec des couleurs qui flamboient à midi - soleil couchant dans le rouge avec les teintes qui s’assombrissent et s’estompent le soir venu. Comme nous, nos ancêtres étaient confrontés à ce rythme et voyaient dans la nature des couleurs chatoyantes : oiseaux, poissons, ciel, pierres, papillons, eau... Or ils se cachaient dans des grottes. Pour transcrire leurs fantasmes ils n’avaient que du charbon noir et des terres colorées. Leroi Gouran précise bien qu’ils utilisaient du noir de manganèse et des oxydes de fer aux nombreux rouges. Peu à peu ils ont découvert les couleurs naturelles (pigments) et les ont utilisées, mais avec quel symbolisme ?

BLEU

Le bleu est la couleur de l’azur, du ciel, donc du paradis. Il symbolise la vérité et la sagesse divine. Les dieux sont issus de cette couleur : Osiris, Krishna, Vishnu, Bouddha, Jupiter, Zeus et Yavhé tiennent les pieds posés sur l’azur. Ce voile céleste azuré cache "l’autre côté, l’inconnu divin", c’est le manteau qui "couvre et voile la divinité". Le bleu attire l’homme vers l’infini, a écrit Kandinsky. Dans mes miniatures indiennes Krishna, Civa, Rudra... sont de couleur bleue. Dans les peintures qui représentent l’Assomption, le voile de Marie est bleu.

Mais le bleu a aussi une certaine ambivalence. Au bleu d’azur diurne succède le bleu profond nocturne tirant vers le noir.

C’est une couleur immobile, froide, incitant à la méditation et au repos orienté vers Dieu. Au bleu de la nuit succède l’or du soleil dans l’azur, d’où le blason de la maison de France : bleu (céleste) avec trois fleurs de lys d’or (pureté divine). Il était inutile que le soleil de Louis XIV s’y ajoute, tout le symbolisme y était déjà.

Dans le combat du ciel contre la terre, le bleu et le blanc s’opposent au rouge et au vert. On les retrouve dans les couleurs des quatre factions de chars qui s’affrontaient à Byzance dans l’hippodrome. Pendant la Révolution les Bleus (chouans) s’opposent aux Rouges (républicains). Cette connotation rouge est d’ailleurs restée, diffusée sur le plan international, s’opposant aux autres couleurs...

Le bleu des turquoises est chez les Aztèques à la fois signe de sécheresse et d’incendie ; c’est aussi la pierre qui ornait la déesse du renouveau et la pierre que l’on mettait à la place du coeur d’un prince mort avant de l’incinérer.

Dans le bouddhisme tibétain le bleu est couleur de la sagesse transcendante et de la vacuité qui ouvre la voie de la libération.

Le bleu est la couleur du Yang,

La couleur de nos veines et la congestion veineuse expliquent la "peur bleue" mieux que le "sang bleu" (qui suppléait au "sang Dieu", juron condamné). "N’y voir que du bleu" = on ne voit rien car le ciel est optiquement vide. En Allemagne "être bleu" signifie avoir perdu conscience dans l’ivresse. En France, le "bleu" est celui qui ne voit pas (vacuité du ciel), qui est naïf.

Par contre les couleurs des chambres des morts en Égypte étaient le bleu et le jaune ; pour les Juifs la cité bleue" est le séjour d’immortalité.

En Orient le bleu conjure le mauvais sort avec des accumulations de pierres bleues (oeil de verre méditerranéen ou oeil peint sur les bateaux) ; en Occident le bleu porte chance.

VERT

Le vert est la couleur de la nature au printemps. Cette couleur est associée à l’eau.

Elle correspond à la renaissance de la nature, à la croissance, à la jeunesse, à l’expérience. C’est à la fois l’éveil de la vie ("verte Jeunesse") et sa pérennité "il est encore vert").

C’est une couleur féminine, centripète, réflexive (différente du rouge masculin) aussi bien chez les Chinois que chez les Barbares.

Elle est donc tiède, accueillante, comme la nature printanière.

Elle génère la connaissance, donc la justice.

Cette notion de croissance et de justice expliquait au Moyen Age le chapeau des évêques, pasteurs qui guidaient vers les verts pâturages, mais aussi les chapeaux verts des médecins et apothicaires car ils utilisaient des plantes, et cette couleur est restée celle des pharmaciens dans l’Armée.

Dans la mythologie celtique, l’île des bienheureux, l’Irlande, était la Verte Erin.

En Chine, elle correspond au Tschen - ébranlement - ce qui correspond au jaillissement de la nature au printemps et aussi au bois, à l’espérance, à la force, à la longévité, donc à l’immortalité.

En Inde, les eaux primordiales vertes donnèrent la vie et Vishnu, porteur du monde, est une tortue au visage vert. La déesse de la matière philosophale qui naît de la mer de lait a le corps vert.

Pour l’islam, vert est le salut, d’où le drapeau vert car le manteau du prophète Mahomet était vert. L’homme vert ou Khidrn Khisr ou al Khidir patron des voyageurs incarne la providence divine. Il trouva la source de vie, fait trouver l’eau et protège les navigateurs. En Inde on l’appelle Khawadja Khidir et on le représente assis sur un poisson et générant les fleuves.

Au paradis musulman les saints sont vêtus de vert comme le prophète car ils sont la connaissance. Dans son traité de l’homme parfait (Insam-ul-Kâmil) Jili attribue la couleur de l’émeraude à la Terre des dévotions, un des sept limbes de la terre, habité par les Jins qui croient en Dieu.

Pour le christianisme le vert représente la régénération de l’âme, la charité, la sagesse, c’est la couleur de la Vierge et de L’Enfant Jésus et du Christ après sa crucifixion. La croix et les instruments de la passion étaient représentés en vert au Moyen Age. Les vêtements liturgiques de la messe sont verts pour certaines fêtes.

Dans l’Apocalypse, Saint Jean décrit la vision de Dieu : "ce qui siège est comme une vision de jaspe et de cornaline, un arc-en-ciel autour du trône est comme une vision d’émeraude".

Dans le cycle arthurien, le Graal est un vase d’émeraude ou de cristal vert le plus pur, car il contient le sang de Dieu. La vision de Saint Jean est vraisemblablement l’origine du Graal.

Le vert est donc manifestation de l’Amour et de la Sagesse divine dans la création, origine de la vie, donc

beauté, jeunesse, vigueur, force vitale. Il s’identifie à la régénération de la nature et aussi à la régénération spirituelle avec l’espérance de l’immortalité.

JAUNE

Le jaune est la couleur du soleil, de la lumière et du métal le plus précieux, l’or. Cette couleur possède une vertu magique.

C’est le symbole de Jeunesse et de Force. Dans pratiquement tous les peuples l’or fût lié à la richesse, donc à la noblesse, au pouvoir. C’est la couleur de Dieu (on ne peut regarder le soleil). Couleur de l’immortalité, elle est couleur divine, donc celle de l’Empereur et des rois aussi bien en Europe qu’en Chine, Inde ou Égypte.

C’est une couleur chaude, associée souvent à l’air. Mais elle éblouit et a la dureté du métal. Elle correspond à la richesse, à la foi.

En Égypte le jaune d’or symbolisait "le char du Soleil et ses dieux" ; de nombreuses chambres funéraires sont peintes en jaune (et bleu) pour assurer la survie de l’âme.

Chez les Aztèques Huitzilopochtli le Dieu du soleil de midi est peint en jaune et bleu.

En Perse Mithra est en jaune d’or comme Apollon en Grèce.

En Inde le jaune correspond au centre racine et à l’élément lumière. C’est la couleur de la robe des moines bouddhistes.

En Chine c’est la couleur de l’Empereur qui est au centre de la terre, comme le soleil est au centre du ciel. Le jaune émerge du noir comme le soleil de la nuit, la pépite d’or de la terre. Il assure la fertilité. Pour cela on orne la couche nuptiale de draps, oreillers, voiles de soie et gazes jaunes. Tout doit être jaune.

Pour les chrétiens le jaune est couleur d’éternité et l’or est son métal. Nous retrouvons ainsi le jaune dans le drapeau du Vatican avec l’or du ciboire et la croix de la chasuble.

Mais il y a ambivalence car, couleur des grains mûrs (blé, mais, millet ... ), la couleur jaune annonce l’automne. Elle dessèche comme l’or qui entraîne envie et jouissance.

Dans la mythologie grecque, les pommes d’or du jardin des Hespérides sont symbole d’amour et de concorde, mais la guerre de Troie fut déclenchée par une pomme d’or, pomme d’orgueil et de jalousie.

Pour l’Islam le jaune est lié à la trahison et la déception.

En Chine les sources jaunes mènent au royaume des morts. Dans le théâtre de Pékin, le maquillage jaune des acteurs signifie cruauté, dissimulation, cynisme.

Chez les Chrétiens, le jaune signifiait aussi trahison : Judas est représenté avec une robe jaune ainsi que les Juifs. C’est pourquoi en 1215 le Concile de Latran leur imposa une rouelle jaune sur leur vêtement, ancêtre de cette triste étoile jaune de sinistre mémoire. Vers la fin du Moyen Age, le jaune est lié au désordre, à la folie : les bouffons et les fous sont habillés en jaune (le nain jaune). Le jaune est associé à Lucifer, au soufre, et aux traîtres. Paradoxalement il correspond aux maris trompés alors qu’originellement il indiquait le trompeur.

Si le jaune correspond à la richesse, à la gloire, le jaune pâle signifie trahison, hypocrisie, avarice, envie : on rit jaune.

C’est une des couleurs les plus ambivalentes.

On ne peut dissocier le jaune de l’or. L’or est le métal le plus pur connu depuis l’antiquité, donc considéré comme le plus précieux. Il a l’éclat de la lumière et du soleil, donc de Dieu. En Inde on dit qu’il est lumière minérale, on représente donc Bouddha en or, car c’est le signe de l’illumination, de la perfection absolue, de l’immortalité.

L’or vient de la terre (pépites) mais évoque le soleil. Il est une arme de lumière, ce qui explique les couteaux sacrificiels en or et la faucille d’or des druides.

Au Moyen Age la recherche alchimique visait la transmutation des métaux en or.

On a cru aussi à la valeur de l’or comme cordial ou fortifiant. On raconte que "Diane de Poitiers devait le maintien de sa jeunesse et de sa beauté à un bouillon composé d’or potable dont elle usait tous les matins". L’utilisation de sels d’or en thérapeutique dut sa vogue autant à son symbolisme qu’à ses résultats. La charge spécifique de l’or dans les aiguilles d’acupuncture de la médecine chinoise procède des mêmes concepts.

ORANGE

L’orange symbolise le point d’équilibre de l’esprit et de la libido, à mi-chemin entre le rouge et le jaune donc entre la raison et la tempérance.

Si l’équilibre tend à se rompre vers le jaune, il y a révélation de l’amour divin.

C’est à cette conception que se rattachent la robe safranée des moines bouddhistes et la croix orangée des chevaliers du Saint Esprit. Le voile des fiancés, le flammuneum, est " l’emblème de la perpétuité du mariage ". Les muses étaient vêtues de safran, comme le voile d’Hélène.

L’orange symbolise aussi la fidélité.

Mais dans son déséquilibre vers le rouge elle indique infidélité et luxure. Dyonisos était vêtu d’orange ; "né du feu (Zeus), il fut élevé par la pluie" (Nymphas Hyades que Zeus remercia en les transformant en étoiles qui amènent la pluie). Son culte débridé correspond à l’ivresse provoquée par le vin ou rouge ou "blanc"- aune, dans le cadre d’une orgie rituelle, mais en vue de la recherche divine "puisque l’âme est incorruptible et immortelle".

Dans son traité de l’Homme Parfait (Insan-ul-Kâmi) Jili décrit 7 cieux, puis 7 limbes de la terre dont la Terre de la nature, couleur jaune safran, habitée par les Jins incroyants.

L’orange signifie l’union de l’homme à Dieu, "symbole des noces mystiques", mais paradoxalement le jaune et l’orange sont l’attribut des maris trompés...

Toujours ambivalent, l’orange chez les Anglo-saxons indique la santé et l’émotion.

ROUGE

Couleur du Feu et du Sang, le rouge est "considéré comme un symbole fondamental du principe de vie avec sa force, son éclat, sa puissance".

Étant l’attribut de Mars, dieu de la guerre, c’est une couleur masculine, donc brûlante et violente. Elle est

"débordante d’une vie ardente et agitée". Van Gogh écrit : "j’ai tenté d’exprimer les terribles passions humaines par le rouge et le vert".

En Égypte c’est la couleur de Seth et de ce qui est maudit et nuisible. Les scribes écrivaient en rouge les notes de mauvais augure.

En Grèce elle représente "l’amour sanctificateur", mais aussi l’innocence et la virginité.

En Inde ancienne Vishnu qui représente l’amour divin était habillé de pourpre.

A Rome, les généraux, les patriciens et empereurs étaient vêtus de rouge. Le manteau des centurions, comme celui de Saint Martin, était rouge.

De même à Constantinople le code de Justinien condamnait tout vendeur ou acheteur de tissu pourpre, réservé aux empereurs.

Pour le couronnement les rois portaient souvent le manteau rouge pourpre.

Au Moyen Age le Christ fût souvent représenté vêtu de rouge comme les prêtres ; il en reste la robe des cardinaux, la "capa magna". En pratique, actuellement, les cardinaux ont simplement une ceinture rouge en dehors des grandes cérémonies.

Le rouge, couleur du feu et du sang, est (pour l’Église catholique) couleur de l’Esprit, "à cause des flammes de la Pentecôte".

L’ambivalence est permanente avec cette couleur : le rouge éclatant centrifuge est diurne, mâle, tonique, incitant à l’action.... le rouge sombre tout au contraire nocturne, femelle, secret et à la limite centripète. L’un entraîne, encourage, provoque, c’est le rouge des drapeaux, des enseignes, des affiches publicitaires... L’autre alerte, retient, incite à la vigilance et à la limite, inquiète : c’est le rouge des feux de circulation, la lampe rouge interdisant l’entrée d’un bloc radiologique, ou opératoire, d’un studio photographique... C’est le signal de marche de tous les appareils ménagers et autres, et le signal d’alerte du dysfonctionnement...

La culture de la garance, plante qui sert à teindre les draps en rouge, a eu une importance essentielle au Moyen Age et encore au début du XXe siècle. Le poids des élus du midi et l’agitation sociale motivèrent le choix par le gouvernement français, pour l’uniforme militaire, de pantalons rouges de sinistre mémoire, signant l’insouciance politique. Mais au Japon les conscrits portent une ceinture rouge le jour de leur départ en symbole de leur fidélité à la patrie.

En Chine et au Japon le rouge est bénéfique, donneur de vie ; il éloigne les démons, d’où les portes des enceintes des temples shintoïstes et des portes d’entrée des maisons, ainsi que des palanquins transportant les jeunes mariés. Un ruban rouge autour du poignet porte chance et protège des mauvais esprits. Autour d’une patte il protège les vaches du sorcier, les poules du renard... De même pour la maladie au Moyen Age un ruban rouge autour du cou protégeait de la peste. Au Pays de Galles la flammèche rouge protège de la fièvre et des rhumatismes. La ceinture des zouaves a la même explication.

Le rouge est matriciel : la mer Rouge relève de ce symbole, représentant le ventre où mort et vie se transmettent l’une et l’autre. Pour les alchimistes d’ailleurs, la régénération, "l’oeuvre rouge", produit l’homme universel. C’est la couleur de la science, de la connaissance ésotérique.

En héraldique rouge "de gueule" se rapporte d’abord à la férocité et au combat, au courage que la couleur de la Légion d’honneur, reprenant la croix de Saint Louis, officialise.

L’ambivalence existe dans toutes les civilisations : le feu brûle, éclaire, brille, réchauffe, protège.

ROSE

Le rose est l’emblème de la sagesse divine (rouge), l’amour (blanc) puisqu’il résulte du mélange du rouge et du blanc. Associé à Vénus, c’est le symbole de la tendresse, de la jeunesse et du bonheur : vêtements des petites filles... Chez les femmes, les dessous rosés "placent leur union sous les meilleurs auspices", portent bonheur.

VIOLET

Le violet est la couleur de la tempérance. Mélange de bleu et de rouge, il associe action réfléchie et lucidité, équilibre entre le ciel et la terre, le sens et l’esprit, la passion et l’intelligence, J’amour et la sagesse.

La carte du Tarot nommée "la Tempérance" tient dans ses mains un vase bleu et un vase rouge entre lesquels s’échange un fluide incolore : l’eau vitale, échange perpétuel entre le rouge chtonien et la force impulsive du bleu céleste. Par le jeu éternel des énergies de la matière, elle représente l’éternel recommencement.

C’est une couleur d’apaisement et comme telle couleur de la robe des évêques qui doivent tempérer les passions de leur troupeau.

C’est la couleur du secret, elle correspond à l’involution : passage de la vie à la mort (par opposition au vert qui est l’évolution) ; d’où la robe violette du Christ pendant la Passion et les vêtements liturgiques violets pour les enterrements.

C’est la couleur du deuil et du demi-deuil. Il est associé aux martyrs.

En Grèce le manteau d’Apollon était bleu-violet.

C’est aussi la couleur de l’obéissance et de la soumission. La bague de l’évêque que baisent ses ouailles est une améthyste. En France, pour rendre les enfants obéissants, on attachait à leur cou une pierre violette qui les protégeait aussi des maladies. C’est une couleur de prudence pour les mêmes croyances.

A cela s’ajoute une connotation négative d’ambiguïté, de tristesse, de mélancolie. La violette est une fleur funéraire : dans l’antiquité Proserpine en cueillait quand elle fut envoyée aux enfers. Si dans certaines campagnes elle est maléfique, elle est considérée surtout comme symbole de modestie. En Belgique elle sert même de philtre d’amour et son parfum donne le don de divination.

Ainsi rejoint-on l’Extrême-Orient qui attribue au violet une signification dynamique : c’est la couleur du passage du Yang au Yin, de l’actif au passif. "Dans les rites tantriques, les accouplements rituels entre yogis se font dans une chambre éclairée d’une lumière violacée parce que la lumière violette stimule les glandes sexuelles de la femme alors que le rouge active celles de l’homme".

BLANC

Le blanc est dans l’atmosphère la somme des couleurs, car son irisation donne l’arc-en-ciel.

Il est diurne, mais c’est une couleur de passage

  • passage du matin à l’Est avec l’aube
  • passage du soir à l’Ouest avec le couchant.

Le blanc du matin monte de la matité à la brillance, le blanc du soir descend de la brillance à la matité, mais les deux sont vides, "suspendus entre absence et présence, entre lune et soleil, entre les deux faces du sacré". Toute naissance est donc renaissance : c’est le cycle nycthéméral de la vie.

Le blanc est donc couleur de deuil à la cour de France jusqu’à la fin du XVIE siècle.

C’est la couleur de la pureté, donc de la virginité (la mariée est vêtue de blanc), donc aussi de l’innocence (l’enfant que l’on baptise est vêtu de blanc). De même pour les enterrements, les enfants sont conduits en terre sous un suaire blanc orné de fleurs blanches. Les religieuses novices sont habillées en blanc. Cette notion de passage et d’au-delà conduit les prêtres à se vêtir de blanc. Le pape porte des vêtements blancs. La pureté prend la couleur immaculée : c’est la Vierge de l’immaculée Conception vêtue de blanc. Jésus apparaît aux disciples vêtu de blanc.

Le blanc est aussi le secret correspondant à la lumière intérieure chez les Soufis, se rattachant au for intérieur de l’être représenté par Moïse.

Le blanc représente aussi la sagesse, il s’identifie avec la lumière intérieure dans beaucoup de religions.

L’opposition au rouge définit l’homme dans sa dualité terrestre et céleste.

Par contre le combat avec le Nord explique les frontières "éthérées".

Sous cet aspect il peut être maléfique et inconsistant (voter blanc), mais la plupart du temps il signifie heureux et candide (candida = blanc) ; un candidat est donc par définition (?) quelqu’un d’heureux et d’immaculé...

Le côté maléfique du blanc est donc relatif au deuil ancien, alors que les animaux blancs étaient réservés aux sacrifices : moutons, taureaux, colombes... L’éléphant blanc est sacré en Thaïlande et réservé au roi.

Il faut différencier le blanc du blanc-gris lié à la peur (livide) ou du blanc-jaune de la maladie.

Le blanc, couleur de l’innocence et de la pureté, est réputé porter chance. Naguère les enfants royaux étaient habillés de blanc pendant leur petite enfance (jusqu’à 7 ans).

NOIR

Le noir couleur de nuit est ambivalent par essence. Il y a deux noirs : le noir aérien, nocturne, intermittent, relatif, remanié par les étoiles et la lune, et le noir souterrain, permanent, absolu, qui ne peut être effacé que par la lumière artificielle. Nos lointains ancêtres étaient confrontés à ces deux composantes.

Le noir correspond à l’absence de lumière, donc de couleurs. Les ténèbres correspondent au néant, au gouffre noir. Il est opposé au blanc comme sa contre-couleur. Dans la palette chromatique, selon qu’il est brillant ou mat, il est la somme ou l’absence de couleurs, leur synthèse ou leur négation.

Il est froid, correspondant aux ténèbres primordiales.

Il est instable au-dessous du monde = le monde souterrain est noir.

Il est donc associé à la mort, d’où les vêtements de deuil - et au renoncement à la vanité du monde, d’où les

manteaux noirs dans les costumes religieux chrétiens et musulmans (imam ... ), à l’Humanité et à la Respectabilité (magistrats, professeurs).

Dans le symbolisme indien, il est la pureté originelle : l’immortel Krishna est noir tandis que le mortel Arjuna est blanc, c’est le soi universel opposé au moi individuel.

Dans toutes les religions, il indique la mort = l’obscurité de nos origines, l’obscurité du retour à la terre matricielle et nourricière. Les Chinois l’associent au Yin féminin, terrestre, instructif, maternel. Plusieurs déesses mères sont noires : Diane d’Éphèse, Isis, Kali hindoue. Il existe de nombreuses vierges noires illustrant la moisson mariale française. Sur le Mont Palatin la Magna Mater était noire ainsi que la Ka’ba de la Mecque. C’est le symbolisme originel. Il est à la fois commencement et fin. Chez les mystiques musulmans les étapes de la progression des Soufis vers la béatitude sont colorées et aboutissent au noir brillant précédant l’extase suprême ou l’éblouissement.

Le noir brillant et chaud des peintres est issu du rouge, le charbon noir provient aussi du tison rouge du feu. Curieusement en héraldique le noir se nomme sable indiquant la terre stérile, jaune, ocre. Le noir est lié à l’inconscience (être noir) et la malveillance (noirs desseins, âme noire, bête noire, avoir l’oeil noir ... ) mais il génère la mélancolie et le pessimisme : idées noires, broyer du noir, humeur noire...

Les Romains marquaient d’une pierre noire les jours "néfastes" et les écoliers anglais appellent le lundi de la rentrée des classes black munday...

Le noir est "le symbole de tout ce qui est mal et de tout ce qui est faux" mais une perle noire porte bonheur...

Il est classiquement opposé au blanc.

Il est aussi opposé au rouge = cartes noires : pique maléfique - trèfle bénéfique / carte rouge : coeur bénéfique - carreau maléfique.

Notons comme tous les médecins que les médicaments ont rarement une apparence noire, des dragées noires seraient perçues comme de mauvais augure...

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