30 mars 2008

Art Rupestre saharien

L’art rupestre du Sahara Occidental : un patrimoine culturel à inventorier à protéger

Le sub-continent Nord-Africain et Saharien est loin d’avoir livré la totalité de ses richesses en art rupestre comme le démontre l’exemple du Sahara Occidental.

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Le sub-continent Nord-Africain et Saharien est loin d’avoir livré la totalité de ses richesses en Art Rupestre. La période coloniale Européenne, Italienne en Libye, Française au Tchad, en Algérie et au maroc, Espagnole au Sahara Occidental, a laissé des études et travaux scientifiques en quantité et en qualité inégales sur l’Archéologie et l’Art rupestre de ces pays d’Afrique du Nord, compte tenu des politiques d’exploration et de recherche scientifique menés par les colonisateurs.

Si les monts de l’Atlas pré-saharien et le Sahara algérien ont fait l’objet, par exemple, pendant plus d’un siècle, d’études archéologiques nombreuses et parfois d’une exceptionnelle densité, de vastes zones de ce territoire immense restent encore inexplorées, - d’importantes découvertes au cours de la dernière décennie l’ont attesté (Soleilhavoup, 1988,1993). L’Espagne a occupé le Sahara Occidental (Saguia el Hamra et Rio del Oro) pendant près d’un siècle (1884 - 1975).

Jusque dans les années trente, cette présence espagnole s’est surtout cantonnée dans des postes côtiers. Sur l’ensemble du territoire du Sahara ex-Espagnol, des investigations ont cependant été menées en archéologie préhistorique, par exemple par Julio Martinez Santa-Olalla, Manuel Alia Medina , M. Almagro, Hernandez Pacheco. Sans qu’on puisse parler d’inventaire, ces chercheurs et d’autres, ont réalisé d’intéressantes et utiles études et monographies. Une liste bibliographique assez substantielle de travaux espagnols, mais aussi autrichiens, allemands, français, fait foi, depuis une cinquantaine d’années de l’intérêt suscité par lArt Rupestre qui gît dans ces vastes régions.

Pendant l’été 1996, je recevais un important dossier de photographies de gravures dans le style dit de « Tazina » - un style bien connu dans le sud marocain, foyer possible d’une paléoculture néolithique, connu également dans l’Atlas d’Algérie et jusqu’aux confins nigéro-tchadiens. Ce dossier m’était adressé par un responsable de l’Unité Militaire de la MINURSO qui, avec sa patrouille était « tombé » fortuitement sur cet ensemble de gravures, par 26°48’847N et 08°50’928 Ouest.

A défaut de traces écrites dans la littérature scientifique qui m’étaient accessibles, j’ai publié une courte note dans la Lettre internationale d’informations sur l’Art Rupestre (INORA), éditée par Jean Clottes, dans la rubrique « Découverte » (Soleilhavoup 1997) Quelques mois après, j’apprenais par l’Association des Amis de la RASD que, sous la conduite du Front Polisario et sous l’autorité scientifique de Monsieur le Professeur Théodore Monod, une équipe a stationné peu de temps sur ce même gisement, en mars 1995. Des images vidéo avaient été prises par François Dubreuil de la société Vidéogram (Le Mans, France) qui participait à la mission.

Quelques semaines après la publication de ma note, je recevais d’un groupe d’universitaires espagnols de Girona, une carte postale éditée par l’Université de Girona et par le Musée National du Peuple Sahraoui qui montre un détail des gravures de ce gisement et signée par cinq chercheurs qui ont « découvert » ces gravurres, probablement en 1995. Cette équipe a donné le nom de « Sluguilla » (le petit Slougi, race de lévrier du Maghreb) à ce site. Tout récemment, en mai 1997, lors de la réunion annuelle de l’Association des Amis de l’Art Rupestre Saharien, en France, j’apprenais que ce gisement , - toujours le même ! ’ avait été « découvert », relevé et partiellement publié par Mark Milburn, en 1973, quelques 22 ans auparavant ! L’auteur l’appelle « Ras Lentareg ».

Il est plus que probable que les populations locales sur la Hamada de Tindouf connaissent l’existence de ce gisement rupestre depuis plus longtemps encore. Un Anglais, des Espagnoles, des Français ont cru découvrir un site d’art rupestre.

L’extrême éparpillement international des données de terrain et des écrits, parfois dans des publications très confidentielles, explique ces impressions, ces convictions, d’être l’inventeur d’un nouveau gisement. Ceci nous amène à réfléchir sur la coopération scientifique internationale en manière d’exploration et d’étude de zone d’art rupestre, au Sahara Occidental, comme ailleurs dans le monde.

L’art rupestre au Sahara Occidental est riche, tout comme dans le Sud Marocain ou dans l’ensemble des régions sahariennes, jusque et y des régions sahariennes, jusque et y compris dans la péninsule Arabique.

Gravures et peintures abondent dans ce secteur du Sahara et elles correspondent aux différentes phases chronoculturelles définies dans le Sahara. Leur fragilité est grande, tant à cause des effets altéragènes du climat (contrairement aux idées reçues, le « sec » n’est pas particulièrement conservateur des surfaces rocheuses), qu’à cause de la présence humaine (ignorance, pillages archéoologiques, faits de guerre, vandalisme,’) Autant certaines zones du Sahara ont bénéficié d’inventaires archéologiques quasi-exhaustifs, assortis de bonnes cartographies, notamment pour l’Art Rupestre, autant le Sahara Occidental manque encore d’un programme de fond destiné a rassembler d’une part ce qui est déjà connu, même très partiellement (inventaire et regroupement de la bibliographie internationale) et d’autre part à mobiliser un certain nombre de spécialistes pour coordonner et systématiser l’exploration de terrain, afin de connaître et de publier, par exemple sous l’égide d’instances internationales et supra-gouvernementales, un Inventaire Général et un Atlas raisonné de l’Art Rupestre.

De cette façon, le patrimoine culturel de l’humanité du sub-continent Nord-Africain se verrait enrichi et utilement étudié. Cela permettrait en particulier de mieux comprendre l’origine des divers peuplement pré et protohistoriques du Sahara, les foyers apparition et d’extension géographique ou d’influences des différentes paléocultures, manifestées entre autre par l’art rupestre.

On sait en effet que l’Art Saharien s’inscrit dans un cadre chronologique fondé, dès 1932, par Théodore Monod, par la succession sur les rochers d’images d’animaux, d’abord sauvages, ensuite domestiqués. Ces animaux, véritables « fossiles directeurs » de la chronostratigraphie de l’art, permettent aussi de définir les principaux « étages culturels : Le grand Buffle sauvage, caractéristique de l’étage Bubalin et correspondant au néolithique ancien, avec ses cultures de chasseurs ; on peut dater cet étage de 7000 à 8000 ans avant l’actuel ; Les boeufs, les vaches domestiqués qui caractérisent l’étage Bovidien du néolithique moyen où l’économie pastorale domine, sans exclure la chasse, vers 6500 à 5500 ans ; L’introduction du Cheval au Maghreb et au Sahara, d’abord attelé (les chars), puis monté (les cavaliers), marque le début des temps protohistorique et l’arrivée de nouvelles populations venant du Nord-Est (les paléoberbères ou libycoberbères).C’est l’étage Caballin (population équidiennes).

Cette phase pourrait débuter vers 3000 ans ; L’utilisation généralisée du Chameau (= le dromadaire) correspond à l’installation des conditions arides dans l’actuel Sahara. Débutant aux alentours de l’Ere Chrétienne, c’est la période historique Caballine. Ce canevas général, applicable au Sahara Occidental présente des variations locales, dans les représentations rupestres. Le concept de Parc Naturel (régional ou national) peut receler quelques ambiguïtés : « on protège ici ce qu’on détruit ailleurs ».

Il apparaît cependant que la richesse du patrimoine rupestre du Sahara Occidental devrait permettre d’envisager la création, dans les secteurs à forte concentration de station rupestre, de zones protégées bénéficiant du statut juridique et administratif de Parc Naturel. Il importe, dès maintenant, de prendre des mesures conservatoires pour ce patrimoine archéologique inestimable. Parallèlement, des mesures préventives devraient être prises auprès des populations locales, de façon à rendre optimale la conservation du patrimoine. Cette prévention repose sur une pédagogie simple : apprendre à un enfant que son pays a été peuplé par des hommes, il y a très longtemps, qui ont laissé au sol et sur les rochers des traces fragiles de leur quotidien, de leurs religions, fait partie du Devoir de Mémoire des adultes d’aujourd’hui.

Apprendre à cet enfant à reconnaître ces traces, à les respecter, à les considérer comme son héritage, sont appartenance profonde, de son enracinement à sa culture, à ses valeurs, à son pays. Et cela , même si l’archéologie préhistorique ne traduit pas nécessairement la réalité moderne des valeurs de l’Islam.

Au Sahara Occidental, comme partout dans le monde, l’Education au Patrimoine doit figurer parmi les préoccupations majeures des dirigeants politiques.

François Soleilhavoup

Chercheur indépendant et saharien depuis trente ans. Diplômé de l’Ecole Pratique des Hautes Etudes. Il est l’auteur de : Sahara Visions d’un explorateur de la mémoire rupestre. 128 pages, 130 photographies, 40 relevés rupestres, 4 similis. ISBN 2-913955-04-5

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Plus loin: http://www.saharafragile.org

Posté par afoulay à 14:29 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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